17 novembre 2005 : escale sur l'île de Chiloé

[diaporama ern flash des photos du jour] [rapport de l'UNESCO au sujet des églises de Chiloé] [carte de Chiloé et Puerto Montt]

 

17 novembre 2005 à 9H40, en longeant la côte de Chiloé. Il pleut un peu ; il y a pas mal de cages à saumons et de filières... sans doute pour des abalones [ormeaux]. En fait, seuls les alignements des bouées des filières sont visibles. Ce matin, réveil à 6H et... pour une fois, je ne me suis pas levé immédiatement pour aller faire des photos. Lever à 7H15 pour le petit déjeuner.

11H05 en arrivant à CastroDes passagers ont observé des dauphins [?] en arrivant du côté de Castro : personnellement, plus près encore de Castro, j'ai admiré les sauts [presque] périlleux d'un lion de mer pendant 2 à 3 minutes à 20 m environ du navire.

A Castro, nous sommes à 42°28'sud et 73°44'ouest ; il fait "très" doux sur le pont. Le paysage est vallonné avec des sommets culminant à peut-être 150 m d'altitude. Il n'y a pas de falaises sur le trait de côte mais les champs et bois prennent régulièrement de l'altitude depuis le rivage. En fait, ça ressemble beaucoup à la Bretagne, je trouve ; d'autant plus que l'ajonc et le genêt sont en fleur. Il y a beaucoup de prés, de landes, de bois aux arbres tout en longueur, à la très belle silhouette.

On est au mouillage devant Castro ; le navire évite lentement sur son ancre, poussé par le vent faible et le courant de marée sans doute. Aujourd'hui, nous n'utiliserons pas les polar cirkel boats pour débarquer mais 2 vedettes du port qui nous attendent sur tribord. Décidément, le paysage me fait beaucoup penser à la vallée de l'Odet en aval de Quimper où j'aime me balader sur les grèves : ici aussi, des champs et des bois qui descendent en pente douce vers la mer.

Extrait du programme du jour : "La ville de Castro compte aujourd’hui plus de 20 000 habitants, c’est la troisième plus ancienne du pays. Elle a eu sa part de tremblements de terre (1646, 1739,1960) et d’incendies (1729,1890,1936) qui l’ont détruite. C’est ainsi que vous ne verrez pas de vieilles maisons… La caractéristique la plus connue est la maison sur pilotis appelée palafito que l’on trouve dans quatre secteurs de la ville. Parfois, elles sont construites hautes sur pilotis car la différence de marée est importante par ici."


 

13H55 : façade de l'église de Dalcahué13H, nous sommes sur le quai de Castro prêts à partir en excursion. J'ai choisi l'excursion "Villages et églises de l'île de Chiloé". Nous partons d'abord en direction de l'est, vers Dalcahué où nous nous arrêtons pour visiter l'église en bois de forme simple et dont les murs sont couverts à l'extérieur de tejuelas rectangulaires grises ; le toit est couvert de toles plus ou moins rouillées. Le clocher, au dessus de la facade à colonnade, de base octogonale est quant-à lui recouvert de tejuelas blanches. Cette église a été construite dans la seconde moitié du XIXème siècle à l'emplacement d'une ancienne chapelle jésuite.

Je vais me balader dans les rues voisines et du côté du petit port  où des pêcheurs entretiennent leurs engins de pêche sur leur canot. Ici, au moins 95 % des constructions sont recouvertes de tejuelas aux formes assez ouvragées parfois et de couleur grise, bleue, rouge, jaune, etc. Pratiques les tejuelas : pas besoin de colle pour mettre une affiche sur un mur... 4 agraffes et hop, c'est fait... et il en reste beaucoup, des agraffes, sur les tejuelas !!! Je suppose que carniceria signifie boucherie et le bâtiment est recouvert de tejuelas rouge... sang.

Nous quittons Dalcahué en empruntant un bac [on en voit beaucoup à l'ancre entre les îles de l'archipel... à moins que ce ne soient de très grands chalands pour l'aquaculture ???] pas très grand et le chauffeur du car doit manoeuvrer afin de s'y garer correctement. Après une traversée de quelques 200 à 300 m peut-être, nous débarquons sur l'île de Quinchao où après avoir fait un tour dans Curaco de Velez, nous arrivons à Achao, second arrêt de l'après-midi.

Extrait du programme du jour : "Les 300 églises de Chiloé démontrent un grand savoir faire en construction des Chilotes mis au service d’une profonde religiosité. Une cinquantaine d’entre elles appartiennent à l’Ecole chilote d’architecture religieuse en bois. Elles sont toutes magnifiques et méritent presque un circuit de visite particulier.

L’origine de cette grande quantité d’églises sur un si petit territoire remonte à l’évangélisation de l’île par les jésuites. Fonctionnant selon le système de tournées, les missionnaires restaient quelques jours dans chaque village et avaient besoin d’une résidence. Puis les villageois se mirent à construire de petites chapelles autour desquelles ils finiront par construire de véritables églises. Comme les déplacements se faisaient rarement par terre, toutes ces églises se situent presque toujours en bord de mer. Il y en avait quarante au XVII ième, soixante-dix au milieu du XVIII ième et plus de cent au XIX ième siècle.

L’architecture religieuse chilote se caractérise par de grandes esplanades devant l’église, espaces prévus, pour les processions et fêtes religieuses, un volume horizontal relativement important, une tour-clocher prolongement de la façade, un toit à deux pentes, les voûtes et les arches.

Les tours-clochers ont une utilité navale : situées au bord de mer, elles ont longtemps servi de point de repère terrestre pour les marins. Ce type de construction perdura jusqu’à la mi-XIX ième siècle. Dans presque toutes les églises, la nef principale est voûtée et rappelle la forme d’une coque de navire renversée.

Durant la seconde moitié du XX ième, on détruisait une église tous les trois ans. L’évêque Juan Luis Ysern parvint à enrayer cette attaque frontale au patrimoine de Chiloé vers 1974. mais ce n’est que pendant les années 90 que la tendance fut définitivement renversée et un budget réservé pour la restauration des églises existantes. Les plus belles églises se trouvent (en se dirigeant du nord au sud) : Tenaún, Colo, San Juan, Rilán, Dalcahue, Castro, Achao, Quinchao, Nercón, Chonchi, Vilupulli, Ichuac, Aldachildo, Detif, toutes déclarées patrimoine de l’humanité par l’Unesco."


 

15H08 : la voute de l'église d'Achao Ici encore, nous visitons l'église que je préfère nettement à celle de Dalcahué. Bien sûr, tout est en bois ; le plan général est le même qu'à Dalcahué : pas de transept mais un simple rectangle. S'il n'y avait pas le clocher, on dirait presque un simple hangar. Ici aussi, les murs sont recouverts de tejuelas grises rectangulaires ; le toit est également couvert de tejuelas grises mais à la base arrondie. J'ai un peu l'impression que le gris est en fait la couleur naturelle patinée du bois. Autre différence par rapport à l'église de Dalcahué, le clocher a une base carrée sur un niveau puis octogonale pour le second niveau.

Par petit groupe, nous pouvons accéder à la sacristie au sol de planches grossièrement équarries où une petite exposition est installée : les outils de charpentier et menuisier de l'époque de construction de cette église [1740 ; c'est l'église la plus ancienne encore en place]. Egalement exposés, des instruments de musique [violons, flûtes notamment] fabriqués par ces mêmes ouvriers. Ces instruments me font penser au film "Mission" et surtout à un reportage TV sur des orchestres [surtout d'enfants] de musique baroque en pleine forêt bolivienne qui rejouent le répertoire des XVIIème et XVIIIème siècles [5000 manuscrits retrouvés] sur des instruments fabriqués localement. Malgré la "rusticité" des instruments, j'avais trouvé la musique très belle et émouvante.


 

15H15 : l'église d'AchaoIci encore, je photographie des tejuelas sur les murs des maisons puis je vais me balader sur la grève où des petits bateaux de pêche sont au mouillage... et je rate une bonne partie de la collation prévue dans une école voisine de l'église... mais quand même pas le pisco.

Sur le parvis de l'église, des posters des candidats aux prochaines élections législatives et présidentielles sont installés un peu partout. Sur la route de retour vers Castro, nous nous arrêtons sur une hauteur au dessus d'Achao. Chiloé ressemble vraiment beaucoup à la Bretagne : le même vert des prés, le même jaune du genêt et de l'ajonc. Alors que nous sommes sur le bac entre Quinchao et Chiloé, un lion de mer curieux reste quelques dizaines de secondes autour du bateau et nous accompagne même jusqu'au débarcadère.


 

17H20, les palafitos de CastroEn arrivant à Castro, nous ne faisons que passer devant des palafitos, des maisons de pêcheurs construites sur pilotis au dessus de la grève, aux couleurs vives se reflétant dans la mer à marée haute. J'aurais bien aimé qu'on s'arrête mais nous étions assez pressés par l'horaire et puis, il pleuvait. J'en ai donc pris quelques photos au travers des vitres du car.


 

17H32, détail de l'intérieur de l'église San FranciscoAvant de regagner le port, nous visitons l'église San Francisco, inscrite également au Patrimoine de l'Humanité même si elle n'a été construite qu'en 1910-1912 à l'emplacement, ici aussi, d'une église plus ancienne. L'architecte italien a mélangé le style local à du néo-gothique et du classique. Si l'intérieur, très, très beau est en bois, l'extérieur est par contre, recouvert de fer galvanisé et mis à part la facade avec sa colonnade et ses 2 tours, ne m'a pas beaucoup plu. La structure a été faite de différents bois d'essences locales "rouges" alors que l'intérieur, très ouvragé, est en rauli ["faux hêtre alpin" - "nothofagus alpina"] et en olvillo [Aextoxicon punctatum] aux couleurs très belles, je trouve.

En sortant de l'église, je suis ému par un adolescent de 16, 17 ans qui passe sur le trottoir avec son amie tendrement enlacés et qui se signe, juste en passant, en marquant un arrêt d'une fraction de seconde. En écrivant ces lignes, je me souviens de ma Grand-Mère, il y a plus de 40 ans, qui se signait en passant en voiture devant chaque calvaire... et des calvaires, il y en a beaucoup en Bretagne...

19H15, sur le pont 5 en attendant le diner du capitaine à 19H30 ; pas beaucoup de bruit, je suis seul à l'avant, quelques passagers sur les côtés. Ca fait 30 mn que nous avons quitté Castro. La mer est calme. Nous sommes encore dans un seno, mais plus au large, le golfe de Corcovado et plus au nord, le golfe de Ancud forment pratiquement une petite mer intérieure entre à l'ouest la grande île de Chiloe, longue d'au moins 150 km du sud au nord, et à l'est, le continent. La grande houle du Pacifique n'a donc pas d'influence ici et les quelques 200 îles parsemées dans le golfe empêchent partiellement la formation d'une houle importante même par grand vent.

Il fait très, très bon à l'avant. Nous ne sommes plus qu'à 42° de latitude sud et en Europe, 42° de latitude, c'est le nord de l'Espagne, au climat tempéré. Après avoir fréquenté la côte norvégienne et le Spitzberg, je me rend de plus en plus compte des bienfaits du Gulf Stream qui nous apporte la douceur. A la même latitude que Bordeaux, le Saint Laurent est gelé en hiver ; plus au nord, les navires de l'Hurtigruten naviguent sans problème jusqu'à 72°nord en hiver alors qu'en Mer Baltique, nettement plus au sud, les brises-glace sont nécessaires pour rejoindre Saint Petersbourg ou naviguer dans le Golfe de Botnie... En été on peut naviguer jusqu'à 80°nord au Spitzberg grâce à une branche du Gulf-Stream... nulle part ailleurs c'est possible...contrastes...

Il fait bon... je suis juste en polo avec une veste en polaire, ouverte... et puis, c'est beau... Le ciel est entièrement couvert, mais ce n'est pas un plafond uniforme, triste... ce sont des nuages filtrant en partie seulement le soleil avec de jolis reflets sur la mer et sur les lignes de flotteurs des fermes aquacoles ou les cages à saumons. Je guette en espérant voir des dauphins ou des lions de mer. Ca y est, nous quittons le petit fjord où se situe Castro pour emprunter un seno plus important entre Chiloé et l'île Lemuy puis tout à l'heure, nous slalomerons entre 2 îles plus petites avant de rejoindre véritablement la mer libre [enfin... il y a encore des îles un peu partout mais plus espacées] du golfe Corcovado.

Ah oui, cet après-midi, nous avons vu une quantité assez impressionnante [du moins, par rapport à ce que l'on voit en France] de rapaces cerclant dans l'air, parfois pas très haut. Tout à l'heure à Castro, je trouvais que le fjord me faisait penser à l'Odet ; maintenant, que le fjord est plus large ici, je trouve que ça ressemble à la rade de Brest.

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